samedi 4 juin 2011

Portrait de famille

Aujourd'hui déjà, certains travaux sont tant et tant investis, déployés dans le temps, filés au travers des lectures, qu'il devient presque trop dense d'en parler-d'en écrire.
Plutôt que de nous perdre dans les références, les citations, les discours découpés sur la grande planche, je vous propose, dans un premier temps, d'expliquer ce que la photo ne laisse deviner.
Ce travail, c'est un espère d'arbre généalogique. Mais c'est uniquement sur les témoignages de ma mère qu'ils reposent ; au cours de longues conversations, en allemand surtout, j'ai pu recueillir des bribes quant à sa famille, que je n'ai pas connue. Je n'ai mené aucune autre enquête; le vrai ne m'intéresse pas. Ce qui me fascine, c'est la matière mémoire, mieux, la matière mémoire qu'elle a bien voulue partager, mieux, le lien que par ce travail, elle noue avec son passé, elle-même, mieux, le lien que je noue avec elle. Cette matière orale, je l'ai retranscrite en mêlant mots et images ( publiées prochainement ), entre l'allemand et le français, bribes laissées telles quelles, ou réinterprétées, entre photos de famille et écrans noirs. Tous ces visuels sont devenus des diapositives, ou autant de petits éléments précieux à REVELER, bien sûr.
Toutes ces diapositives ont été agencés selon un ordre arbitraire en de petits îlots, au côté de bougies, sous couvert d'abat-jour: la place de chacune a été décidé en fonction de celle qu'elle semble occupé dans l'affect maternel. Ces suspensions sont mobiles comme la pensée, légère comme la parole, ouatée comme la pudeur. Par un jeu de hasard, il arrive qu'une diapo se projette sur le tissus, puis disparaisse.
Puis, l'ossature d'une table et d'une chaise, partiellement recomposée en sachets de thé, avec des allures de work in progress : un appel à la nostalgie bien sûr, mais aussi un calendrier. L'instant thé, ou celui autour duquel on aurait aimé pouvoir transmettre ( la transmission, c'est bien la base de toute histoire?) ; un thé pour une histoire ; un thé pour chaque jour passé depuis ; un thé pour chaque jour passé pendant ; un thé pour chaque jour qu'il a fallu pour tout dénouer ; un thé pour chaque jour qu'on aurait aimé partagé.
Le tout pour un ensemble domestique aux allures de lavande-poussière-toile-d'areignée.
Portrait de famille c'est l'une de mes plus précieuses collections : une collection qui renonce à l'exhaustif, une collection de l'impossible, qui en vise un autre ; trouver son identité dans celle d'une lignée.

La chambre claire, Le plaisir du texte, Roland Barthes
Monographie, Christian Boltanski
Et du Sophie Calle, du Annette Messager, du Claude Lévèque, du Sterback, as usual. Même un soupçon de Duschamps ( si si ) dans ses notions d'infitésimale, et un peu de Warhol, déclarant qu'il aimait à faire éxecuter pour observer l'écart entre ses directives et le résultat, histoire de donner du plomb à l'interprétation.
Et d'autres que j'oublie sur le moment...


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4 commentaires:

  1. Superbe! J'adhère, j'adhère! Si seulement on avait pu un jour, essayer de travailler ensemble! rhalala.
    La suite de tes "copier-coller", vite, vite!
    Et d'ailleurs, je m’interroge, quelle est la différence entre les Beaux-Arts et la fac d'arts-pla? Et pourquoi t'es-tu ré-orientée? Je suis bien curieuse, hein...
    M'enfin ça m'intrigue.
    Moi ça y est, c'est finito la fac j'ai empoché mon master enseignement, reste plus qu'à obtenir le putain de Capes, ce truc d'enfoiré(s).
    Tu viens à Strasbourg cet été un moment? J'me dis, si l'Alsace te manque?

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  2. Oh que oui! j'aurai aimé aussi qu'on bosse un peu ensemble, même si sans doute je me serai sentie un peu bête ; quand je te lis je constate qu'entre master et première année des Beaux arts il se passe quelque chose...
    La suite à venir, soon soon!
    Le capes, c'est si terrible que ça?
    Pour ma réorientation on en parlera autour d'un thé-bière, mais dans l'absolu j'en pouvais plus de me battre contre mon institution ; l'école en vrai, travaille un peu plus avec toi. Le diplôme équivalent licence par exemple, se passe avec un jury qui se ballade dans ton exposition. Tu passes beaucoup plus de temps à développer tes pistes sur la longue durée ; un peu plus de pratique, aussi. Plus de Workshop, de contacts avec des ateliers d'artistes, une grande autonomie (peut-être trop) théorique; en contrepartie, une exigence d'assiduité et d'originalité. Enfin, ça dépend ; parfois, c'est un peu nawak avouons. Après je suis pas vraiment satisfaite, en tout cas pas de la première année. Mais on en parlera :).
    Pour Strasbourg c'est prévu, comment et quand....un peu moins!!
    A très vite en tout cas, et merci (vraiment) pour ton soutien!

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  3. Figure-toi qu'hier j'avais rédigé un commentaire hyper long que j'étais en train de finir d'écrire jusqu'à ce que ce p'tit trouducul de Val vienne squatter l'ordi pour me montrer le dernier clip trop bien qu'il avait vu plus tôt et qu'il ferme ma session!!!! Enculéééééééééééééééééééééé!
    De rage (on connait ma patience et mon indulgence légendaire) je lui ai dit de re-rédiger une nouvelle réponse illico-presto-les-patatas mais bon il a pas voulu. Je me demande bien pourquoi.

    Bref, tout ça pour dire, j'ai survécu à cette affront et je suis dans de bonnes dispositions je vais donc répondre à nouveau parce que merde, j'ai mon mot à dire! (parfait l'intro. J'espère que tes profs ne viennent pas sur cette interface et si jamais ne te sens pas obligée de publier ce commentaire. je comprendrais.)

    Le Capes d'abord: (et je t'épargne mes jérémiades de la veille, je suis trop bonne) c'est une vaste fumisterie mais c'est la seule possibilité de faire ce que j'ai toujours voulu alors je me plie au formatage intensif, à l'abominable diktat signé Education Nationale.
    Le fait est qu'on te demande d'avoir un savoir théorique dingue mais il faut malgré tout qu'un élève de sixième comprenne tout de suite où tu veux en venir quand tu ouvres la bouche. Faut toujours tout réajuster, faire le grand écart.
    C'est pénible.
    On te demande aussi d'avoir une pratique personnelle inébranlable (heu?), un truc super rodé et tout...pi le jour du concours (ou de préparation au concours) tu t'entends dire que non là franchement l'illustration c'est pas de l'art et puis bon quand même votre parti pris graphique est trop stylisée ma p'tite mademoiselle faudrait être plus académique... Bon.
    S'ajoute à cela des petits bonus spéciaux: un oral intitulé "comment être un bon fonctionnaire de l'Etat?" (je déconne pas), un test informatique mille fois plus détestable que le c2i (souvenirs, souvenirs?), un niveau d'anglais correct. Can I te la mettre very profond?
    Rha bah j'ai quand même réussi à faire rien que d'me plaindre.
    (attends je poste celui-là et je reviens)

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  4. La suite, donc:
    J'ai l'impression pour ce que tu en dis, que les Beaux-Arts te convienne carrément plus que la fac, le côté "démerde", l'autonomie...tu es peu faite pour les horaires et les contraintes temporelles, nan? C'est mon souvenir...
    Ensuite, la possibilité de pouvoir se frotter aux artistes, à la réalité de ce qui t'attends (je croise les doigts très fort pour ça, tu as un sacré potentiel et tu sais te réinventer, tout le temps).
    Je crois que c'est tout bon pour toi, reste à savoir si tu arriveras à tenir la distance sans t'échapper encore d'une autre institution car s'en est une, quoi qu'on en dise!
    Enfin l'aspect "ancestral et ancré dans une longue tradition" te convient bien aussi je trouve, tu sembles être quelqu'un d'attaché au passé (moi aussi cela dit)et qui aime perpétuer certains codes..je pense au dessin notamment: "dessiner avec les narines c'est quoi ce truc de connard?!!" (dixit!)

    Rha bref, c'est vrai que je préfèrerais parler de tout ça autour d'un thé-bière (on en aura bu beaucoup cette année des bières imaginaires ensemble...!)

    La bonne bise

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