



Dessin libre
"J'ai bien du mal à cerner mon vécu de ce cours ; le suivi décousu que j'ai pu en avoir n'arrange pas. Le dessin reste à mes yeux une pratique fondamentale et quotidienne ; avant toute autre pratique c'est lui qui m'a attiré vers un domaine artistique. Je le pratiquais bien avant d'avoir notion d'art, si l'on peut qualifier les illustrations de mes marges collégiennes de dessin. Dès que je peux, je dessine : mes carnets m'accompagnent constamment. Le croquis fait réellement partie de mon hygiène de vie, comme un musicien se colle à ses gammes, et j'ai toujours tablé dessus comme base fondamentale de l'apprentissage. D'un autre côté, je poursuis un dessin que l'on peut qualifier d' « académique », indissociable d'une grande admiration pour la gravure.
Autant dire que mon rapport au dessin n'est pas désinvesti. Comme dans tous les domaines, j'y cherche un savoir-faire comme condition. Je ne peux concevoir de passer une existence à dripper des feuilles de craft, à gribouiller, insouciante. Le souci est toujours latent : faire au mieux, apprendre plus, me faire taper sur les doigts quand je pense atteindre quelque chose de correcte, forger à force d'efforts et de déclics un coup de crayon valable. Pour moi l'expressivité ne peut être qu'en suivant : je n'aime que peu transgresser ce que je ne sais déjà pas faire.
Les premiers cours de dessin ont eu tout d'abord, une valeur de désastre : l'optique du cours et la mienne se sont très vite mal entendues. Que l'on me demande de dessiner avec ma narine gauche en trempant mes orteilles droits dans une bassine d'eau, le tout sans avoir le droit, à un moment, à une pose de plus de deux minutes à exécuter avec mon crayon et ma main attribuée, c'était juste trop éprouvant. Le mot d'ordre ( découvre-toi-toi-même-et-libère-toi ), alors que j'avais la tête pleine de Jean Clair, de Marcel Moreau et d'attentes qualitatives, m'est apparu alors comme une incarnation de la politique générale de la première année. Suite à un travail en dehors, je n'ai pu suivre que deux matinées de dessin ; j'en suis rentrée deux fois en larmes. « T'as peut-être rien à faire aux beaux-arts », c'est ce qui est sorti au bilant, et je lui accordais raison. Alors que je me faisais taxée d'académiste gentillette, frileuse, je voyais d'autres brandir le grand discours contentant de la prise de risque et de l'expérimentation. A ce moment, j'ai sincèrement songé que les Beaux-arts faisaient comme souvent l'apologie de la médiocrité et que je devais très vite m'en aller.
M'a été donné la chance d'un rattrapage : j'ai accepté de jouer le jeu et ai laissé derrière mon paquet de jugements prétentieux. Il n'empêche que je n'ai saisi aucun sens, et pris aucun plaisir. J'ai suivi les directives avec résignation, et n'y ai trouvé qu'une piste à exploiter. Peut-être valait-elle le coup : j'y ai trouvé une esthétique de la ligne maladroite, hésitante, très liée pourtant, en gribouillant ainsi avec renoncement. Comme je supporte mal de rester sur une incompréhension infertile, j'ai décidé d'exploiter cette esthétique à titre personnel, dans un « dessin » brodé : posant le fil et ne le fixant que partiellement, j'ai retrouvé l'idée d'aléatoire et de surprise que j'ai retenu du cours. Par la répétition du geste et la durée d'éxecution ( il n'est d'ailleurs pas terminé ), j'ai pu l'allier avec mon impératif de forger dans le temps et la patience. "
Et puisque l'intérêt des Beaux-arts ne se porte que peu sur les travaux personnels pour le moment, je rédige en bref mon premier "bonus web" : cet essais, et ses quatre personnages liés, emboîtés, gribouillés, se réfèrent une fois encore de près ou de loin à Manque, de Sarah Kane. Ou l'histoire d'une enquête tournant à l'obsession. Autre précision : cette tentative ne lui arrive pas à la cheville, mais reste marquée par les graphismes de Kamismala, dont je publie ici deux extraits choisis, avec admiration. Le reste de son travail à découvrir sur son deviantart.

Format Poche.